Lettre ouverte

... aux médecins fédéraux de la FFESSM, membres de MEDSUBHYP

Chères consœurs, chers confrères,

Je pense que vous avez été tous informés par l’intermédiaire de vos présidents de Commission Médicale et de Prévention Régionale (CMPR) des nouvelles dispositions qui prévalent pour la délivrance des certificats médicaux de non contre indication (CMNCI) à la pratique des activités subaquatiques. Ces nouvelles règles, c’est-à-dire la possibilité de signer un CMNCI donnée à tous les médecins jusqu’au passage du N4, ont été décidées par le Comité Directeur National (CDN) de la FFESSM en juin 2014 et cela contre l’avis de la Commission Médicale et de Prévention Nationale (CMPN).

Si je m’adresse à vous par l’intermédiaire de la lettre d’information de Medsubhyp, avec l’accord de son conseil d’administration, ce n’est pas pour vous convaincre, vous l’êtes, du bien fondé de la position de la CMPN au regard de la qualification des médecins devant se prononcer sur l’aptitude médicale à la pratique des activités subaquatiques mais, en m’aidant des faits relatés ci-dessous, pour vous permettre de vous faire une opinion et pour beaucoup d’entre vous probablement de la conforter.

Les faits sont donc les suivant : 

 L’AG du Comité régional Corse a eu lieu le 21 mars 2015 et j’y assistai comme membre de la CMPR Corse ; le CDN était représenté par le trésorier national membre du bureau.

à cette occasion, notre confrère Antoine Grisoni président de la CMPR Corse a naturellement largement évoqué la question des CMNCI pour les N2 et N3 ; lors de la discussion qui a suivi son intervention, j’ai appris de la bouche du trésorier national que le Dr Grisoni aurait été un « bon avocat » : tourner en dérision les points de vue de la CMPN déviants aux yeux des instances fédérales dirigeantes est une méthode constante des membres des CDN successifs avec lesquels j’ai dû « composer », que je connais donc bien et contre lesquels j’ai dû beaucoup lutter pendant mes 11 années de présidence de la CMPN ! On va dire que cela fait partie du jeu de l’affrontement des idées. Mais j’ai surtout entendu, vous apprécierez, qu’un médecin fédéral n’est « rien d’autre qu’un médecin  ayant pris une licence »… (je cite le représentant du CDN). Certes et dont acte. Mais cette opinion ne reconnaît pas la spécificité des médecins fédéraux voire même ignore ce qui fait la différence c'est-à-dire les actions de formation organisées en région et surtout le « manuel du médecin fédéral » que nous avons considéré lors de sa conception comme étant le document de référence de la fonction de médecin fédéral et qui de fait permet à ce médecin ayant pris une licence de devenir non pas un savant mais de pouvoir remplir honnêtement et selon l’éthique médicale la fonction qui lui a été confiée. Pire encore, et puisque les médecins fédéraux signataires des CMNCI peuvent aussi être des médecins ayant la « capacité de médecine du sport » ou des médecins détenteurs du « DIU de médecine subaquatique et hyperbare », c’est nier la plus value de ces formations universitaires et bien sûr ne pas en reconnaître la qualité. Et pourtant c’est bien à ces « simples médecins ayant pris une licence » que le CDN dans sa grande bonté a accordé la possibilité de signer les CMNCI : quel paradoxe ! Mais bien sûr, signer un tel certificat est de la responsabilité du médecin qui le signe, c’est bien connu, et je n’ai que trop entendu cet argument !

Vous imaginez bien que je n’ai pas pu rester indifférent à ces propos et, parfaitement conscient de mener un dernier combat certainement pas d’arrière garde mais perdu d’avance, mes échanges avec le président du CDR Corse, autre éminent membre du CDN, ont été d’autant plus « musclés » y compris au décours de son rapport moral.

Je retiens de cette dernière joute verbale que, bien que nous soyons ce que l’on appelle à juste titre les « hommes de l’art », nos avis techniques peuvent être foulés aux pieds, selon le sacrosaint principe suivant : « les commissions proposent, le CDN dispose », par le CDN dont les membres se drapent dans leur légitimité d’élus. Conclusion pratique puisqu’il faut bien continuer à apprendre (de nos erreurs ?) : la CMPN représentant les CMPR donc les « simples médecins licenciés »  va-t-elle devenir ou doit-elle être une assemblée de marionnettes ? accepter des décisions qu’elle n’approuve pas ? servir de caution ? subir les désapprobations de ses pairs des sociétés savantes ? J’ai entendu dans la bouche d’un confrère de la CMPR Corse, immédiatement démissionnaire au décours de ces propos, que nous étions traités comme des serpillières ! Malheureusement, nous ne pouvons que manifester notre profond désaccord avec de tel propos qui témoignent d’un manque de respect de notre condition.

Pour ce qui me concerne, j’ai quitté cette illustre assemblée générale en rendant au CDR ma licence 2015; comprenez que je démissionne de mes fonctions fédérales résiduelles et naturellement de ce poste honorifique mais aussi « caution », je n’en suis pas dupe, de président honoraire de la CMPN. Je ne veux pas être complice de choix, même politiques, que je n’approuve pas surtout lorsque des arguments fallacieux sont mis en avant pour les justifier ! Je tourne donc définitivement la page avec des satisfactions et n’aurais qu’un regret : avoir mis trop de passion dans ma fonction de « médecin lambda ayant pris une licence » et consacré trop de temps et d’énergie à vouloir, dans le cadre du « terrain » de la FFESSM, faire progresser les choses Mais peut on y parvenir sans passion justement ?

Je vous laisse méditer sur cette dernière interrogation en vous recommandant des argumentaires solides pour la suite que je vois ainsi : prochaine décision politique du CDN, tout médecin sera autorisé à signer les CMNCI des enfants ; sur ce point il n’est d’ailleurs pas exclu que l’âge soit ramené à 6 ans… Et cela peut être très vite et en tous cas avant la fin de l’olympiade. Ensuite, et puisqu’aujourd’hui il n’y a plus que les N4 (hors compétiteurs, handiplongée et situations médicales particulières) qui bénéficient de l’avis d’un médecin spécialisé (tel que défini par le règlement médical fédéral et dont les détenteurs du DIU de médecine subaquatique et hyperbare font partie) pour la délivrance du CMNCI lors du passage de ce niveau ce qui n’a bien évidemment à ce stade du cursus de plongeur aucun sens dans l’évaluation de son aptitude médicale à plonger, suppression de cette disposition au profit de tout médecin. Je me demande d’ailleurs sur quels arguments et sur quelle logique le CDN peut, dans son apparent souci de simplification, justifier le maintien de signature du CMNCI par un médecin « spécialisé » pour le passage du N4 si ce n’est de ne pas vouloir vous heurter d’avantage. Pour finir, on peut se demander si la visite annuelle va être maintenue, en tous cas pour tous. Car enfin que prévoit la loi : un certificat médical pour la première licence et rien de plus ; toutes les autres dispositions sont le fait du règlement médical fédéral dont les termes dépendent du CDN Donc,… mais je ne souhaite vraiment pas, dans l’intérêt des plongeurs, que l’avenir me donne raison.

Bien confraternellement,

Dr Bruno Grandjean

Président honoraire de Medsubhyp, ancien président de la CMPN et… ex président honoraire de la CMPN de la FFESSM